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A l'écoute de pierres dressées.

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L’atelier buissonnier a pris l’air et un peu d’altitude en ce samedi 15 Avril.
L’objectif ciblé était de profiter de la marche à travers le maquis pour s’imprégner des essences particulières de la flore printanière
seules capables d’amener aussi bien gravité que grain de folie comme pollen cherchant quel bon vent l’amènerait sur la feuille blanche.
Le Gaoutabry fort de son empreinte préhistorique avait été choisi pour cela.
Site à l’écoute des vents d’où se découvrent les champs de vigne et les tranchées d’oliviers profitant des vallons qui mènent à la mer
où les îles bleues signent comme le paraphe d’un peintre amateur d’aquarelle, il devait distiller en chacun de nous cette subtile présence
de l’invisible absence du passé pourtant si bavard dans le dialogue des pierres dressées.
Le temps fut magnifique, nous rejoignîmes le lit du vent sur les hauteurs ce qui amena la groupe à rechercher un coteau abrité où se jouait
le spectacle ébouriffant des coroles en folie semant partout leurs jupes de ballerine. Fort prisées par les abeilles aventurières nous fîmes
de cet eden impromptu le miel de notre pause écriture, après avoir religieusement pris un repas bien mérité sans oublier la petite caféine
qui excite les petites cellules grises.
Deux grands thèmes d’exercice furent entrepris lors de cette journée bucolique.
Je nommerai le premier le hiatus et le second le passage de témoin.
Pour le premier il convenait de récupérer un début et une fin fournis par un des participants et d’assurer le comblement du gouffre béant
permettant de relier l’un à l’autre avec une histoire qui saurait être pleine d’originalité.
Pour le second, comme une bouteille que l’on jette à la mer, un début substantiel  est proposé au suivant, lequel fort de ce précieux témoin poursuit
la narration avant de léguer le bébé en gestation au troisième jusqu’à la fin de la chaine. Le dernier maillon doit en assurer la délivrance, l’accouchementterminé est proposé à la lecture pour juger des qualités esthétiques du nouveau né.

 


Un exemple de texte produit dans le second exercice !

Les pierres n’ont pas de racines mais les pierres vivent depuis si longtemps qu’elles abritent une multitude d’histoires bien particulières. Je l’ai regardée cette pierre blonde, je l’ai retournée dans tous les sens et j’ai deviné. J’ai senti d’autres mains qui l’avaient tenue : des mains de femme ! Des mains de paysanne ! Je me suis interrogée : viticultrice ou cueilleuse ? Cueilleuse de quoi ? La pierre était à la lisière d’un champ de vigne et d’une colline.

Elle était gravée : deux serpents s’enroulaient autour d’une tige tronquée, épi de blé, de maïs ou canne provençale. Etrange caducée primitif. Conjuration d’un sort qui s’acharne sur les plus faibles, les plus pauvres. La femme portait-elle cette pierre sous sa blouse pour éloigner la maladie, la souffrance, la jalousie, la peur ? Je l’imagine fière et debout, bravant le sort, ne se pliant que pour creuser la terre et récolter ses fruits.

Pierre talisman, porte-bonheur pour les jeunes femmes mariées en désir d’enfant ; celles-ci venaient la toucher comme une offrande à la disposition de toutes celles qui osaient braver la malédiction. Les talismans n’ont jamais été les bienvenus dans ces terres reculées où la population vit repliée.

S’en remettre à toucher un caillou pour obtenir satisfaction semblait un parjure pour l’église.

Pauvre église branlante avec son abbé si prompt à laver d’eau bénite cette terre de sorciers qui avait tôt fait de s’en abreuver.

Pourtant cette pierre ornée me renvoyait le visage d’une femme au-delà de l’emprise de ses mains. Un visage fier à la chevelure abondante fait de longues tresses.

Je n’accédai pas à son regard ni à sa face, seulement le port altier de cette coiffure, paysanne par les mains, noble par la face. En cette terre cathare avait-elle dompté ces serpents ?

Je me souvins alors des romans de Zoe Oldenbourg, des récits envoûtants, des mœurs de ces créatures sauvages, mystérieuses, fascinantes.

Je l’ai regardée encore. Elle n’était qu’une pierre. Elle avait franchi l’espace et le temps. Elle n’était qu’un grain de poussière de cet espace intersidéral, où nous croyons, pauvres hères, régner en maître.

Elle aurait pu,  je l’avais imaginé, être joyau, être pierre de tonnerre, être talisman … elle n’était qu’un caillou et je l’ai posée sur le cairn,  au bout du chemin.


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