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Descente en enfer !

Écrit par alhazen. Posté le Samedi 10 février 2018 @ 10:48:12 par cyberprof

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Descente en enfer.

 


En descendant l’escalier, il sentit tout d’un coup tout le poids de la fatigue accumulée depuis des jours. Il n’y avait pas de désespoir en lui, ni de découragement, mais cette lassitude qui s’installait insidieusement à force d’efforts stériles.
Les tags crachaient leur détresse sur les murs sales de l’immeuble ouvert à tous les vents, devenu maintenant un squat depuis des années.
Demain il ne viendrait pas, il venait maintenant un jour sur deux. Le temps de récolter nourriture et boisson à la banque alimentaire. Il fallait bien qu’ils mangent !
Cet après-midi ils ne s’étaient pas levés, sans doute de toute la journée, tous les quatre étendus sur leurs matelas tachés, sales et hébétés, incapables même de s’assoir.
Ils avaient promis, jurés qu’ils essayeraient de ne pas y toucher, d’attendre la fin de semaine, oui ils le feraient, ils se tiendraient les coudes. Mais ils avaient voulu leur dose. !
Qui était-il pour juger ? Sa soutane le lui interdisait.


 Il avait encore essayé de les conseiller, les encourager à ne pas y toucher, de leur dire que le seigneur les aimait, mais entendaient-ils ? Alors il avait laissé les provisions pour deux jours, il avait aussi rajouté des comprimés de vitamines. Aurore avait terriblement maigri ! Elle avait écrit à ses parents, encore une fois, attendant une réponse qui ne venait jamais. Il avait trouvé un timbre et l’avait collé. Il la mettrait à la poste.
Il faillit rater une marche et se rattrapa en s’appuyant sur le mur. Il faisait tellement noir dans cette cage d’escalier et la nuit était déjà là dehors.
Elle le cueillit à la sortie, froide et humide. La ruelle était déserte éclairée seulement  par la lumière  falote  d’un réverbère qui grésillait.
Il se sentit nauséeux, ses jambes flottaient. Il s’agrippa  au rebord d’une fenêtre. Des gouttes de sueur coulaient de son front, lui brulant les yeux.
Il voyait le réverbère comme dans un brouillard, une lueur bleue verdâtre évanescente qui fluctuait, et puis le mât qui ondulait comme un serpent de métal entouré d’une aura vaporeuse rose fuchsia.
C’est alors qu’il la vit, dodelinant dans la lumière. Une jupe très courte découvrait ses cuisses et ses jambes dont le galbe était souligné par des bas-résille. Des seins proéminents, flux et reflux, s’agitaient comme sur une musique qu’il n’entendait pas si ce n’était ce tambour incessant. Une crinière fauve avec des reflets violacées et ses yeux qui le fixaient, dont il ne pouvait se détacher, qui l’appelaient !
Il lâcha sa prise, sentit qu’il penchait, fit un pas timide et tituba. Il s’approcha, il avait tellement envie de s’étendre, dormir enfin. Comment traversa-t-il la ruelle ? Il ne se souvenait déjà plus. Il se retrouva dans une lumière irisée qui le blessait maintenant.
Il entendit sa voix comme dans de la ouate.
-Et bien mon chérie tu en tiens une bonne ! Qu’est-ce que je te fais ?
Des mots qui hurlaient dans sa tête, et puis toujours ce tambour ! Avait-il parlé ? Peut-être un mot ! Etait-ce lui ?
-Besoin.
-Mais oui mon chéri, on a des besoins, c’est bien normal. Tu veux toucher ou plus ?
-Besoin coucher !
-Ah c’est plus cher mon loulou ! Fais voir ce que tu as !
Il sentit qu’elle le touchait, le palpait, des mains fureteuses et brûlantes s’invitaient partout, rapides courant sur tout son corps qui ne lui appartenait plus.
Il sentit son haleine chargée, une odeur terreuse, une odeur de suie. Puis sa langue qui fureta dans son oreille, une brûlure. Elle chuchota.
-T’as pas grand-chose mon pauvret, je me contenterai de peu.
Il voyait la ruelle tanguer,  une tempête de couleurs déferlait des murs comme des serpents de lumière et puis ce vacarme qui emplissait son crâne.
-Assez, assez !
Ce sont les derniers mots dont il se souvenait.
Il émergea. Un terrible mal de tête. Il sentit un masque sur son nez et sa bouche.
-Il revient, continue à ventiler. Sa tension s’améliore. Vous m’entendez mon père ? Clignez des yeux.
Il cligna des paupières.
Il faisait jour. Il sentit le froid des pavés dans son dos malgré la protection isolante.
-Vous avez pris de la drogue ?
Il secoua négativement la tête.
-Pourtant on pense que oui ! Vous n’avez rien fumé, ni bu, ni mangé ?
Il resta sans réaction un moment puis répondit négativement de la tête.
Il réintégrait progressivement son corps et retrouvait ses sensations.
-C’est bon on peut lui enlever le masque !
Il apprécia l’air frais, il sentit une odeur d’épluchures. Il tourna la tête vers le réverbère. Il était éteint et son mât parfaitement vertical. Cela le rassura. Mais il ne la vit pas.
-La femme ! C’est la femme qui a prévenu ?
-La femme ? Non, il n’y avait pas de femme. Ce sont les éboueurs qui vous ont trouvé dans la ruelle ce matin.
-Tenez ! On a retrouvé cela par terre. Cela a dû tomber dans votre chute.
On lui tendit son missel et la chaine en or avec sa croix dont il entourait le livre.
Il constata que le missel était vide, les pages brulées.
-Vous avez dû être dévalisé pendant votre plongée ! Ils n’ont pas fait de détail.
Il frémit.
-La lettre !
-Une lettre ? On n’a pas trouvé.
-Dans la poche de ma soutane !
-Attendez on regarde.
Ils ouvrirent la couverture de survie. Il sentit une main à gauche, puis à droite. Le pompier tenait dans sa main la lettre.
-Pas de souci elle est là !
-Je dois la poster pour une pauvre fille. Heureusement.
-Il faudra lui mettre un timbre mon père !
-Mais j’en ai mis un, il y en avait un qui restait.
Ils se regardèrent tous.
-Bingo !
-Bingo ?
-Ne cherchez plus vous avez été drogué en léchant le timbre. Sans doute du lsd. Heureusement la dose est faible mais sur vous ! Avez-vous vu des couleurs ?
-Oui plein la rue, autour du réverbère, de la femme.
- La femme vous oubliez. La drogue donne des hallucinations. Bon on va vous amener à l’hôpital pour voir vos constantes, après vous pourrez sortir avec une bonne gueule de bois !

La gueule de bois. En effet, ils lui avaient donné des cachets à prendre pendant trois jours, pour l’instant il était vaseux. Il sortit de l’hôpital et retrouva l’affluence stressée de la rue. Il décida de se rendre à la cathédrale pour se recueillir.
Sur les marches une vieille femme tendait la main pour obtenir quelques pièces. Il y avait de plus en plus de pauvres chez les femmes âgées. Ils n’avaient pas pris sa petite monnaie et sortit ses pièces jaunes.
Il les tendit à la pauvresse, elle ouvrit sa main. Elle avait une mauvaise brûlure sur sa paume, la trace d’une croix retenue par un morceau de chaine, comme marquée par un fer rouge.
Il lâcha les pièces et la regarda. Il reconnut le regard. Mais déjà la vieille s’éclipsait en un rire qui le secoua au plus profond de lui-même.
Il entra et s’agenouilla dans la première chapelle. Il pria longtemps. Avant de sortir il laissa son missel sur l’autel. Il était griffé méchamment, on pouvait y voir une femme qui caressait un homme.
Dieu reconnaitrait les siens.


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