Celui qui voulait régenter le temps !

Date : mercredi 10 mai 2017 @ 21:49:41 :: Sujet : Sujet en relation avec poèmes, textes etc

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Travail d'écriture lors de l'atelier buissonnier suite à la lecture de contes africains.

Il était Roi !
Roi il était car né d’un royale branche, rameau fertile d’une haute lignée.
Rien ne résistait à sa toute puissance. Il avait terrassé le lion, poursuivi la biche à la course, lutté dans l’arène contre le géants huilés qu’il faucha de sa massue de bois de cèdre.
Il savait mettre à genou les étalons sauvages, transpercer l’aigle au plus haut de son vol d’une seule flèche, faire plier le taureau écumant dans sa rage.
La peur lui était inconnue, un roi ne craint rien.
Il avait demandé qu’on lui bâtisse un palais digne de sa magnificence. Pendant des années il força sous le joug hommes, femmes, enfants à ériger la ville de son peuple asservi, ses gens où il puisait vierges effarouchées, pour assouvir un plaisir rapide et éphémère.
Il avait effacé de son royaume pins et cèdres dont les troncs solides et d’une hauteur digne de sa prestance, furent l’ossature de son palais.
Ne resta qu’un cèdre sur une terre dépeuplée.
Il était heureux de sentir sa toute puissance, n’était-il pas un Dieu sur terre ?
Pourtant il remarqua que quelque chose semblait ne pas lui obéir.



Tout son royaume vivait au rythme de la Lune, c’est elle qui signait le retour des fêtes et le passage du temps !
Pourquoi n’était-ce-pas lui qui indiquerait la marche du temps !
Il décida donc de mettre en cage la Lune pour mieux dominer le passage des jours.
Fort de ce nouveau défi il pensa que le mieux était de la cueillir à son lever, avec sa haute taille il n’aurait qu’à tendre la main pour la saisir !
Il partit donc vers l’horizon où se lèvent les jours et marcha longtemps, longtemps, longtemps.
Chaque marche voyait s’éloigner sa future halte et la nuit venue la Lune n’apparut toujours pas.
Il n’arrêta pas sa marche pendant un mois, la Lune commençait à poindre maintenant alors que le crépuscule envahissait l’occident.
Mais il n’était pas satisfait de sa forme à deux piquants, il voulait une lune pleine et blanche, conforme au rayonnement de sa propre personne.
La Lune finit par s’arrondir un peu plus.
Il essaya de l’attraper mais n’y réussit pas, elle fila trop vite vers le firmament.
Le lendemain soir il décida de monter sur … mais il vit qu’il n’y avait aucun arbre où se hisser !
Seule une tortue était là à l’observer.
« Si tu veux monter sur ma carapace, je peux te la prêter un instant. »
« Moi sur toi si petite ! Cela ne servirait à rien ! Sais-tu où se trouve le cèdre ? »
« Oui, je le sais bien ! »
« Dis le moi alors ! »
« Tu le verras se dresser, son ombre sur la Pleine Lune, autrement il disparait dans la nuit noire de ton royaume où ne reste plus de lumière. »
Le Roi attendit la Pleine Lune pour repérer le cèdre.
Et il la vit, et il le vit.
Il courut, courut, courut, jusqu’à atteindre l’arbre gigantesque. La Lune bien ronde et brillante quittait l’horizon.
Il sauta dans l’arbre et à grandes brassées se hissa jusqu’à sa cime faisant craquer les branches.
Il tendit la main mais la Lune était déjà trop loin.
Dépité il redescendit et retrouva au pied du cèdre la tortue !
« Tu es déjà là ! »
« J’ai des sœurs partout et nous parlons la même langue. »
« Quand reviendra la prochaine Lune ? »
« Il faut demander au cèdre ! »
« Je n’ai pas besoin de demander à un arbre. Tu dois savoir le temps de lunes. »
« J’ai assez parlé des clairs de Lune, ne me demandez plus rien ! Ecoutez seulement la voix des pins et des cèdres quand il n’y a aucun souffle de vent ! »
Alors le roi s’assit à même le sol et écouta.
Mais le vent était toujours là ! Et les pleines lunes passaient, jamais il ne put les attraper. Il sut qu’il n’était pas Dieu !
Et puis il vit du sol poindre des enfants pins et des enfants cèdres. Il sut qu’il n’aurait pas de descendance.
Bientôt une forêt cacha l’horizon. Lui avait vieilli, les arbres eux étaient jeunes ! Il sut que son temps finirait.
Et puis la forêt arrêta le vent et le Roi affaibli entendit le chant des arbres qui emplissait sa tête et en comprit le sens.
L’important était de semer de bonnes graines car si la graine ne meurt l’arbre non plus.
Il sut qu’il devait laisser une trace pour qu’on se souvienne de lui mais que la Lune n’était pas de son royaume.
Alors il s’occupa de son peuple et le rendit heureux en lui apprenant à labourer et à semer.
Il interdit de renverser les tortues.
Il décida de choisir un cèdre comme armoirie.

On ne sut jamais pourquoi le cèdre y poussait sur le dos d’une tortue.








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